Katalog Sinje Dillenkofer
Kerber Verlag, 1996
Seite 63 – 65
Il est plus dificile pour un homme d’accepter l’idée qu’un corps puisse avoir à définir tout ses paramètres, puis par extension ses espaces d’interactivité et enfin ses modes d’action. Alors que les chèmes sur lesquels il s’appuie portent lèvidence d’une loi non ècrite mais performante jusque dans sa transmission inconsciente, de père en fils justement. La complémentarité du point de vue féminin devant en résulter pour peu qu’elle soit remise en question déstabilise aussi l’espace de la masculinité. Beaucoup d’artistes féminines ont ainsi contribué au XXème siècle à établir une autre histoire du corps, parmi elles les photographes sont nombreuses qui ont tenté de pallier le déficit d’authentiques Images de femme. Sinje Dillenkofer appartient à une génération qui a intégré ces leçons d’art contemporain et qui souhaite en conséquence poursuivre sur d’autres terrains ces avancées vitales.
L’rxpérimentation peut nécessiter des tentatives empiriques où les réactions comparatives de chaque type masculin et féminin d’individu apportent les prémisses d’une méthode. Perdant leur identité, mais par leur référence ethnique et sexuelle, deux femmes et trois hommes sont suspendus par les pieds, pour tester une autre gravitation. Ces figures d’humanité abstraite confrontées à cette situation extrème, trouvent des réponses corporelles individuelles, différentes selon qu’ils sont nus ou habiliés; une asiatique ménage sa pedeur par son profil offert et son sexe caché, tandis que d’autres acceptent sans condition le regard sur la soumission au rôle que l’artiste leur impose. La géométrie intime de leur corps se modifie dans l’apesanteur de ca regard arrêté par décret photographique. Le paysage insulaire du corps déboussolé s’inscrit dans les repères normés des »Cinq continents«, l’interdépendance des autres nations s’incarne dans une leçon physique de morale humaine illustrée. D’autant que d’autres corps suspendus par les pieds se rappellent à notre mémoire, et que chacun devient à lui-même son propre continent – modèle fonctionnant dans la solitude accentuée des sociétés multiraciales. Elles se déxalquent avec plus de force aujourd’hui sur le fond d’une continuité en lutte depuis dejà longtemps dans l’Histoire et la géopolitique contemporaine.
On peut intégrer une telle recherche dans la définition qui se fait en Europe Centrale du »Corps comme signe« selon le titre d’une exposition(1) de la critique autrichienne Jana Wisniewski, la série des alphabets fractais de membres et de silhouettes nous y invite. Leur construction sous forme de grille, à lecture horizontale et verticale, peut nous permettre aussi de poursuivre notre exploration d’une rationalisation des espaces et attitudes du sorps indivuel au sein de la structure sociale. Les signes du repliement sur soi qui marquent encore le féminin s’ouvrent peu à peu vers d’autres schémas. Les territoires se modifient. L’artiste en enregistre les données.
Bien entendu ces expérimentations in vitro ne peuvent remplacer longtemps l’analyse du terrain, in situ. Profitant du dynanysme d’une grande banque allemande qui a compris l’intérèt de constituer d’importantes collextions d’art contemporain, Sinje Dillenkofer au lieu de proposer aux responsables de l’action culturelle l’acquisition d’œuvres déjà existantes a suggéré la production de nouvelles pièces à l’occasion d’un de ces jeux de formation qui soude les équipes d’employés. La simulation au service de la dynamique de groupe a d’abord été enregistrée selon deux points de vue photographiques ayant pour intérèt de dresser une sorte de coupe géologique des rapports de pouvoir de l’entreprise qu’elle s’est amusée à brouiller par ses ordres cassant les hiérarchies. Ces préliminaires grâce à leurs effets de structuration conviviale du groupe ont permis d’aborder la part la plus personnelle de l’étude en demandant à chaque membre de l’entreprise de dèvoiler sa plante de pied.
Les résistances furent aussi grandes que la méconnaissance dans laquelle nous tenons habituellem ent ce continent caché du corps. Oubliées les leçons des médecins taoistes, et de leurs disciples acupuncteurs, méprisés les pointzs vitaux des terminaisons nerveuses de la voute plantaire que traitent les digipracteurs, le pied dans notre société constitue comme de dit l’artiste »un prolétariat du corps«. Et beaucoup refusèrent d’abord d’avouer entretenir dans le soubassement de soi un quart monde exilé dans ses chausses. Voilà partie du corps jamais revendiquée, d’autant plus facile à censurer, seuls quelques fétichistes sauraient y trouver le terrain de leur désir.
A moins d’en faire comme notre artiste les lisières qui au sens propre bornent le territoire humain. Pour en marquer l’importance relative il sufit ensuite d’en étonner la dimension aux normes du pouvoir dans l’entreprise. Chaque tirage photographique ajuste ses dimensions à l’ordre hiérarchique. Sinje Dillenkofer n’a plus qu’à organiser sa planisphère en rèpartissant dessous de pieds masculins et féminins.
Aussitôt se dessine visuellement une coupure nouvelle entre les puissants pays mâles et le petit peuple des »va-n u-pied« féminins.
Le langage connait bien ces expressions d’inégalité sexistes, ainsi appelle-t-on en français »petites mains« les aides des grands couturiers, ceux que Sinje a justement portraiturés dans »Les derniers rois de Paris« avec sceptre, hermine et couronne. Le corps se morcelle aussi en images relativement proportionnelles à l’impact social.
La même disproportion se répercute entre les représentations du penis et du vagin. Choisissant un détail de l’organe mâle l’artiste en agrandit l’image jusqu’à sa transformation en un fût végétal de deux mètres trente tandis que dans d’autres installations le sexe féminin n’est visible que sous forme d’une petite photographie ornant, en guise de mouchoir, la poche de poitrine d’une chemise d’homme. Des torchons servent aussi de support, quand le passe partout en français porte aussi le doux pseudonyme de marie-louise, à d’autres photographies de vulves rapprochant usages domestiques et appartenance sexuelle.
Rassemblées sous le titre de dénonciation du programme machiste »posséder, user, prendre« ces œuvres com plètent l’étude critique d’une géopolitique du corps feminin pour discerner les changements s’opérant dans l’autre moitié du monde.